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Message du Frère Jean-Pierre

Chers amis, chers frères, voici 20 ans que nos frères, Christian, Luc, Christophe, Michel, Célestin, Paul et 
Bruno ont été pris dans la tourmente qui affligeait cruellement le peuple algérien, aimé de Dieu et de l’Église, de l’Église d’Algérie en particulier, sous la direction du Cardinal Léon-Etienne Duval. Ils ont été arrachés de leur monastère dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 par un groupe d’extrémistes, puis exécutés cinquante six jours plus tard, pris de force, emportés dans ce brouillard de violence aveugle. … OFFRANDE d’AMOUR !

Il nous est bon d’entendre encore une fois une parole bien connue, celle qui ouvre le testament du Père Christian écrit le 1 er Décembre 1993, bien avant et en prévision d’une semblable épreuve éventuelle ; Il nous est bon de l’entendre à nouveau car, alors, elle valait tout autant pour chacun de ses frères dont il avait la charge en tant que Prieur de cette communauté monastique.

« S'il m'arrivait un jour - et ça pourrait être aujourd'hui - d'être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j'aimerais que ma communauté,mon Église, ma famille, se souviennent que ma vie était DONNÉE à Dieu et à ce pays.»

Voici, avec cette année 2016, le XX ème anniversaire de cet événement qui a marqué si fort tant de gens, chrétiens, musulmans, et même non croyants. Nous sommes heureux aujourd’hui, de le célébrer tous ensemble, car nous le considérons comme un sommet auquel est parvenue cette communauté de moines cisterciens, sans pourtant l’avoir cherché : vivant simplement, cachée aux creux des monts de l’Atlas, elle était vouée à une présence d’amour et d’amitié fraternelle au nom du Christ et de son Église ; Une présence solidaire avec ces gens torturés par une indicible épreuve de violence, mais surtout, présence de confiance en la bonté intime au cœur de chaque homme et de chaque femme de ce peuple.
Cette bonté qu’il fallait pouvoir éveiller par une présence non violente, animée d’une invincible espérance.
Comment cela ? Par le témoignage d’une vie fraternelle fervente, par l’ardeur de la prière, l’amitié, le partage, un dévouement sans prétention, en ce petit coin du pays.
Cette espérance, sera-t- elle déçue ? Sera-t- elle entendue aujourd’hui par nos contemporains ?
En réponse, voici un extrait de la lettre d’une jeune maman algérienne, musulmane, reçue par Mgr Teissier, archevêque, successeur de Mgr. Duval à la tête de l’Église d’Algérie :

« Après la tragédie, après le sacrifice vécu par vous et par nous – écrivait-elle -, après les larmes et le message de vie, d’honneur et de tolérance légué par nos frères moines à nous et à vous, j’ai décidé de lire le testament de Christian à haute voix et avec beaucoup de cœur à mes enfants parce que j’ai senti qu’il était destiné à nous tous et toutes. Je voulais leur dire le message d’amour de Dieu et des hommes. La solidarité humaine et l’amour de l’autre est un itinéraire qui va jusqu’au sacrifice, jusqu’au repos éternel, jusqu’au bout. Mes enfants et moi sommes très touchés par cette grande humilité, ce grand cœur, cette paix dans l’âme et le pardon. (…) Le testament de Christian est plus qu’un message, c’est un héritage, c’est un soleil qui nous est légué au prix du sacrifice. (…) Notre devoir à nous – maintenant - est de continuer le parcours de paix, d’amour de Dieu et de l’homme dans ses différences. Notre devoir est d’arroser les graines léguées par nos moines pour que les fleurs poussent partout plus belles par leur couleur et leur odeur ».

En conclusion, j’aime insister encore sur le fait que mes frères de N. D. de l’Atlas et moi, n’avons désiré aucune forme de martyre. La ferme espérance qui nous habitait tous – sans oublier le Père Amédée Noto, qui fut gardé par Dieu comme moi-même, pour des raisons connues de Dieu seul - était fondée sur la foi plus que sur les œuvres ; elle l’était par toute notre manière d’ETRE PRESENTS et par notre soif de cheminer ensemble, chrétiens et musulmans, sur les chemins de Dieu, dans le respect mutuel des différences :
« L’espérance est le pain qui nourrit la marche commune vers l’au-delà de la différence », vers la communion ultime d’une seule famille.

Midelt, 12 Mars 2016, de l’Année jubilaire de la Miséricorde.

Frère Jean-Pierre Schumacher.